Vaccination des camionneurs : Ottawa invité à lâcher du lest


Des dirigeants d’entreprises exhortent Ottawa à assouplir sa politique de vaccination obligatoire imposée aux camionneurs transfrontaliers afin de soulager la chaîne d’approvisionnement avec les États-Unis, qui est congestionnée.

Le premier ministre Justin Trudeau a défendu lundi cette obligation en affirmant qu’il s’agit d’une étape nécessaire pour maintenir les chaînes d’approvisionnement ouvertes, arguant que la COVID-19 elle-même est le plus grand risque pour l’économie canadienne.

La politique, qui est entrée en vigueur après la fin d’une exemption le 15 janvier, signifie que les camionneurs long courriers canadiens doivent désormais être vaccinés contre la COVID-19 pour éviter une quarantaine de deux semaines après avoir traversé la frontière, tandis que les camionneurs non canadiens non vaccinés se verront refuser l’entrée.

Les États-Unis ont fait entrer en vigueur samedi leur propre politique de vaccination obligatoire pour les camionneurs, ce qui signifie que les camionneurs canadiens non vaccinés ne pourront pas non plus se rendre au sud de la frontière.

Dans des déclarations distinctes, la Chambre de commerce du Canada et la Coalition des manufacturiers du Canada ont exhorté M. Trudeau à reculer.

Le président de la Chambre de commerce du Canada, Perrin Beatty, a déclaré que, même si “nous sommes fortement favorables à la vaccination du plus grand nombre de personnes possible”, le gouvernement devrait accorder plus de temps avant d’imposer l’obligation aux camionneurs.

“Jusqu’à présent, les gouvernements considéraient les camionneurs comme fournissant un service essentiel, qui a permis aux chaînes d’approvisionnement de fonctionner même pendant les vagues les plus graves de la pandémie”, a déclaré M. Beatty dans une réponse écrite.

Les camionneurs sont-ils une source de contamination?

M. Beatty a déclaré que le gouvernement n’avait pas présenté de statistiques montrant que les camionneurs étaient une source majeure de cas de COVID-19 au Canada.

Ni le ministre de la Santé, Jean-Yves Duclos, ni l’administratrice en chef de la santé publique, la Dre Theresa Tam, n’ont été en mesure de fournir des données sur la COVID-19 et les camionneurs lorsque la demande leur a été faite la semaine dernière au comité de la santé de la Chambre des communes.

Si le gouvernement dispose de tels chiffres et craint qu’ils [les camionneurs] ne représentent une menace particulière, il aurait dû avoir un programme éducatif spécifiquement destiné à eux il y a bien longtemps et il aurait pu travailler avec les provinces et l’industrie pour mettre en place des cliniques de vaccination mobiles près de la frontière, aux passages à niveau et aux relais routiers partout au Canada”, a déclaré M. Beatty.

“Ce que nous demandons, c’est qu’ils retardent la mise en oeuvre [de la vaccination obligatoire] durant cette période où les chaînes d’approvisionnement sont sous forte pression et qu’ils utilisent ce temps pour encourager et faciliter la vaccination”, a-t-il ajouté.

La Coalition des manufacturiers du Canada, qui représente plus de 30 associations professionnelles manufacturières, a appelé à l’abandon complet de l’obligation vaccinale après avoir rencontré vendredi le ministre de l’Industrie, François-Philippe Champagne.

Le président des Manufacturiers et exportateurs du Canada, Dennis Darby, qui préside la coalition, a dit à M. Champagne que “les Canadiens voient des tablettes vides” parce que la politique de vaccination obligatoire aggrave les goulots d’étranglement de la chaîne d’approvisionnement.

Dans un communiqué, M. Darby a déclaré que la rencontre avec le ministre Champagne était “un bon premier pas, mais nous devons maintenant voir des actions concrètes de la part du gouvernement pour commencer à relever ces défis, en commençant par annuler la vaccination obligatoire des camionneurs”.

Les chaînes d’approvisionnement étaient déjà aux prises avec deux années d’interruption pandémique de travailleurs tombant malades en raison de la COVID-19 et de multiples événements météorologiques, notamment des tempêtes de neige et les inondations de l’automne dernier en Colombie-Britannique.

Lundi, le premier ministre Trudeau n’a montré aucune volonté d’ajuster la politique et a déclaré que se faire vacciner était le moyen le plus important pour maintenir l’économie canadienne en marche. Il a déclaré que les conservateurs tiennent des “propos alarmistes” au sujet des tablettes vides des magasins.

M. Trudeau a répété que l’Alliance canadienne du camionnage affirme que 90 % des camionneurs sont déjà vaccinés. Dimanche, le regroupement a dénoncé un convoi de centaines de camionneurs qui se rendent actuellement à Ottawa pour manifester contre la politique.

“La réalité est que la vaccination est le moyen par lequel nous allons nous en sortir”, a déclaré M. Trudeau.

Les conservateurs craignent les tablettes vides

Les conservateurs font pression sur le premier ministre pour qu’il lève l’obligation, la qualifiant de risque pour les chaînes d’approvisionnement et la reprise économique du Canada.

Le chef conservateur, Erin O’Toole, a appelé le gouvernement à autoriser les camionneurs non vaccinés à passer des tests rapides et a fait valoir que les effets sur la santé publique seraient minimes.

M. O’Toole a évité de dire lundi s’il rencontrerait le convoi de camions. Il a également refusé d’indiquer si ceux qui prennent part à la manifestation avaient son soutien.

“Il n’appartient pas au chef de l’opposition ou à un parti politique d’assister à une manifestation sur la Colline ou à un convoi”, a-t-il déclaré à Ottawa.

L’ancien chef conservateur Andrew Scheer a fait une sortie publique lorsqu’un convoi est arrivé à Ottawa en 2019 pour manifester contre une série de sujets, notamment les politiques énergétiques du gouvernement libéral.

Au cours de la fin de semaine, les libéraux et les conservateurs ont publié des messages sur les réseaux sociaux pour montrer que les étagères des magasins étaient soit pleines, soit vides. La porte-parole conservatrice en matière de transports, Melissa Lantsman, a été accusée d’avoir induit les Canadiens en erreur en partageant une photo d’étagères vides qui s’est révélée être l’image d’une épicerie britannique.

Plusieurs partisans et membres du personnel politique des libéraux ont publié des photos d’étagères entièrement approvisionnées comme preuve qu’il n’y avait pas de problème de chaîne d’approvisionnement.

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