Des entrepreneurs canadiens du sud de la Floride en deuil des snowbirds

WASHINGTON — Chaque printemps, près d’une bande de plage du sud de la Floride connue sous le nom de la Broadwalk, les détaillants et restaurateurs de Hollywood Beach se réunissent pendant deux jours pour célébrer le Canada.

Le «Canadafest» a lieu depuis près de 40 ans au sud de Fort Lauderdale, une façon de remercier les 1,2 million de visiteurs du nord de la frontière qui s’y rendent chaque année.

Les festivités de 2021 devaient être d’une envergure sans précédent, affirme Denise Dumont, rédactrice en chef du Soleil de la Floride, le journal communautaire francophone qui participe à l’organisation de l’événement.

La COVID-19, bien sûr, avait d’autres plans.

«L’édition 2021 a été annulée pour des raisons évidentes, indique Mme Dumont. Nous espérons tous que pourrons continuer la tradition plus tard.»

Ce n’est qu’un exemple de «l’hiver sombre» qui s’annonce aux États-Unis, où le nombre quotidien de nouvelles infections et de décès dépasse désormais les records établis lors de la première vague de la pandémie.

Et dans une partie du pays qui accueille à bras ouverts les visiteurs saisonniers du Canada, les risques pour la santé publique et les restrictions sur les voyages internationaux rendront les prochains mois d’autant plus douloureux.

Dan Serafini, un restaurateur d’expérience qui a quitté la ville ontarienne de Sudbury pour Hollywood avec sa femme Lise-Anne en 1984, s’attend à une saison difficile.

Les Serafini, dont le premier restaurant a donné naissance à la chaîne East Side Mario’s, exploitent le GG’s Waterfront Bar and Grill à Hollywood depuis maintenant une décennie. 

Leur plus récent projet, un restaurant décontracté qu’ils ont rebaptisé Tiki Tiki, est dirigé par leur fils Alex.

Leurs chiffres d’affaires du mois de novembre affichent déjà une tendance à la baisse d’environ 30% par rapport aux années précédentes, rapporte M. Serafini, ce qui reflète une baisse de l’achalandage canadien et une augmentation modeste du nombre de visiteurs américains.

Dans une année typique, environ 500 000 Canadiens — dont beaucoup de Québécois— passent l’hiver en Floride, précise Evan Rachkovsky, porte-parole de l’Association canadienne des snowbirds. 

Plusieurs se rendent à Hollywood, et ce, depuis les années 1920, lorsque des ouvriers canadiens ont aidé le fondateur Joseph Young à construire la ville à partir de rien.

M. Rachkovsky s’attend à ce que leurs rangs chutent de 70% cette saison, sans parler du déclin probable des séjours de moins longue durée.

Ensemble, les snowbirds et les voyageurs à court terme dépensent généralement plus de 6 milliards $ US en Floride chaque année.

«Nous aimons ces Canadiens, affirme M. Serafini. Quand ils viennent, ils dépensent, et ils aident vraiment l’économie locale ici. Et ils sont enracinés dans cette communauté — ils sont ici depuis des années et des années, se sont installés ici dans une certaine mesure, et c’est leur second chez soi.»

Mais pas cette année.

Debra Case, propriétaire du restaurant-bar  Ocean Alley avec son mari Terry depuis 20 ans, fait état d’un achalandage deux fois moins important qu’en 2019, malgré les trois premiers mois très solides de l’année.

En mars, lorsque la pandémie a frappé, «tout le monde est parti et ils ne sont pas revenus», se désole-t-elle.

La Floride a le troisième plus grand nombre de cas de COVID-19 parmi les 50 États américains, soit plus d’un million en date de vendredi matin.

Selon l’agence officielle de tourisme Visit Florida, les chiffres préliminaires montrent une baisse de 98,8% des visiteurs canadiens en juillet, août et septembre par rapport à la même période il y a un an.

Et ce n’est pas seulement à Hollywood: les snowbirds et les touristes à destination de la Floride ont également tendance à affluer vers les plages de la côte du Golfe dans la région de Tampa.

Certains Américains comblent le vide laissé par les Canadiens, relève Michael Falsetto, un entrepreneur immobilier et hôtelier d’Ottawa qui a déménagé dans la région de Miami en 2003.

Bon nombre de Canadiens cherchent à vendre ou louer leurs propriétés saisonnières, et des Américains sautent sur l’occasion de fuir New York, Chicago et la Pennsylvanie, entre autres.

«Ils disent:  »Bon, je peux travailler de n’importe où. Pourquoi travailler depuis New York l’hiver, quand tout est fermé, alors que je peux aller en Floride? »»

Le cousin de Michael Falsetto, Marc, dont le groupe Handcrafted Hospitality est derrière des incontournables de Fort Lauderdale comme Tacocraft et Henry’s Sandwich Station, voit un autre facteur atténuant: les résidents locaux sont restés sur place.

«Les gens qui vivent ici partent généralement tout l’été, rappelle-t-il. Août et septembre sont dans les pires mois parce que personne n’est en ville. Mais cette année, personne n’est parti.»

Les entreprises espèrent une saison remarquable l’année prochaine, si elles réussissent à passer au travers de celle-ci. 

M. Falsetto illustre que ses amis torontois planifient déjà des croisières et d’autres voyages au printemps. M. Serafini s’attend à ce que ses restaurants se remplissent de clients en mode rattrapage.

«Je pense que ça va exploser si la pandémie finit par être maîtrisée.»

James McCarten, La Presse Canadienne

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